Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /2009 19:02

Où il sera question d’entrée en matière, de Noah Levine, de punks et de délinquance juvénile.


En parlant du livre de Noah Levine, c’est un peu, pour moi, l’occasion de rentrer dans le vif du sujet. Au-delà de la description basique du bouquin, je n’ai pas d’autre choix que de parler de Levine,  de son parcours. Le livre n’est pas arrivé là par hasard. Parler du livre, et de son auteur, c’est un bon moyen, finalement, d’établir pour tous le pourquoi du comment du Dharma Punx. Peut-être qu’en filigrane, il sera possible de ressentir mes motivations, ou peut-être le pourquoi d'un écho qui fait que je me penche sur cette organisation, sur sa façon de voir et d’enseigner le Dharma, pour les raisons profondes de mon engagement à le faire, le mieux possible. Mais, chaque chose en son temps ! Nous y reviendrons, quand, à notre tour, nous nous offrirons quelques petites causeries autour du Dharma.

 

Pour l’instant, profitons de l’occasion de ce bavardage autour d’ AGAINST THE STREAM , a buddhist manual for spiritual revolutionnaries, afin de prendre connaissance en douceur avec le cœur du sujet.


  couverture against the stream

 

AGAINST THE STREAM, a buddhist manual for spiritual revolutionnaries.

À  l’Encontre Du Courant, un manuel bouddhiste pour les révolutionnaires spirituels.


Dédié à tous et partout.

Que ces mots vous apportent plus de compréhension et moins de confusion dans ce monde.

Noah Levine.


Chouette petit bouquin que voilà ! Et pour le coup, c’est parti pour mon quart d’heure fan-club de Noah Levine. Dans le même temps, le livre est un peu incontournable puisqu’il se présente comme le manuel du mouvement qui porte le même nom aux États-Unis. Attention, ce n’est pas une sorte de bible. Nous ne trouverons pas les grands textes annotés, ni l’ensemble de la doctrine expliquée dans le détail.  Non, c’est juste clairement un manifeste. C’est comme cela que le définit Levine. Un manifeste et un manuel de terrain pour la ligne de front de la révolution.

 

Pour Levine, il faut dire qu’il est temps : "REVEILLEZ-VOUS !!!", cette fameuse révolution a commencé il y a 2500 ans, quand Siddhârta Gautama est sorti victorieux de la souffrance dans la bataille contre son propre esprit. Mais, comme beaucoup de choses s’abîment avec le temps, ce qui allait devenir le Bouddhisme, a été, comme qui dirait, perverti par la nature profonde de l’humanité, par ses travers, ceux là même que Gautama tenta de mettre en pièces. En clair, les causes de la souffrance, de la confusion à la source de l’avidité, de la haine et de le l’illusion, se sont aussi immiscées dans l’enseignement de cette voie révolutionnaire...

 

Mais parlons un peu de Levine. Il a publié, il y a quelques années, une sorte d’autobiographie : "Dharma Punx". Il ne s’y est pas érigé une stèle non plus, s’il parle de lui dans ce titre, c’est surtout un moyen d’expliquer son cheminement, hors et dans le Dharma (oui, je songe déjà à mettre un mini lexique en place… En attendant sur Wikipédia, ça marche aussi, et à ce sujet, c’est plutôt bien ficelé.). Comme je me suis dit que ce serait intéressant d’en parler un peu plus tard plus en détail, je vais faire court, et me caller sur celle présente dans Against The Stream et sur l’excellent article de Sean Elder, sur www.salon.com. Pour « Dharma Punx », le livre, je suppose que nous aurons l’occasion d’en reparler.

  Noah Levine

 

Levine n’est pas un théoricien. Ce n’est pas un docte emmerdeur qui va vous déballer sa science du bouddhisme sur un tapis de lotus en plastique, au son d’une douce musique d’ascenseur à la mode tibéto-new-age.  Pas vraiment, non. Pour ça, il y en a pas mal d’autres, si c’est ce que vous aimez, vous les trouverez vous-même.

 

Ce qui est marrant chez ce type, c’est qu’il vient d’une vraie famille de bouddhistes, classe moyenne post hippie, standard américaine. Papa et belle-maman,  Stephen et Ondrea Levine, sont bien branchés. Stephen (à ne pas confondre avec Stephen B. Levine, qui œuvre dans un tout autre registre…) est un enseignant du dharma, dans la tradition du theravada, de très bonne renommée (en fait carrément une pointure) ayant contribué au développement des pratiques et enseignements de cette école outre Atlantique. Ils ont collaboré tous les deux, entre autres, à la rédaction de "Who dies ?" et "A Gradual Awakening", dont ils ont vendu à peu près un million d’exemplaires (ce qui n’empêche qu’ils ont eu une très sale passe en 2007, 2008, les frais médicaux aux États-Unis, ça vous ruine une famille.).


Maman, elle, a quatre mômes à gérer, en est à son deuxième divorce. C'est aussi une addict notoire...


Donc, tout pourrait aller pour le mieux au pays des oiseaux qui chantent en silence, mais voilà…


À 11 ans, Noah, lui est branché Punk Rock. Moi, à cet âge-là, j’étais très sage. Je préférais nettement le métal. Mais pour Levine, ce n’est que le début. Parce qu’un punk précoce, ça donne un punk qui s’émancipe à l’âge de 16 ans, avec la bénédiction de ses parents, certes cool, mais trop contents de lâcher le boulet. Enfin émancipé, pas au point de s’assumer tout seul, heureusement qu’il restait un canapé chez maman. Il faut dire que pour des parents convaincus de leur truc bouddhiste, ce ne devait pas être facile tous les jours, face à un gamin qui préfère la délinquance juvénile à l’enseignement de Bouddha. On a beau avoir un papa big boss dans le domaine spirituel, ça n’empêche pas qu’on veuille faire sa vie, et envoyer tout paitre, surtout quand on est un ado débordant d’énergie et quand ce sont les adultes qui présentent l’affaire. Pas besoin d’avoir des parents bouddhistes pour ça, d’ailleurs. La méditation et tous les trucs de son père, c’étaient les premières choses à passer par la fenêtre.

 

Il finit aussi par laisser tomber l’école et commença à sérieusement trainer  dans les rues de Santa Cruz, Californie, et vivre à plein temps sa "vie de skate punk".  En gros, arrestations multiples, pour divers motifs, alcool, drogue, frapper un type à la tête avec son skate board (tiens, ça peut aussi servir à ça…)… La routine, quoi.

 

Sauf que par un beau jour ensoleillé de ses glorieux 17 printemps, devant un juge mal luné,  la sentence est tombée… Il ne fut pas relâché.

 

Dans le  même temps, il avait été prévenu… Par son entourage et la justice, comme c’est souvent le cas.  Mais comme beaucoup de sales mômes, sa réaction s’était jusqu’alors résumé à ça : « Arf, arf, arf, c’est peanuts, tout ça ! La taule ? Moi, jamais !!! »

 

Non, c’est vrai, pas lui… mais là, c’était parti pour un an derrière les barreaux. C’est bête à 17 ans. Surtout quand on dort encore de temps en temps sur le divan de sa maman, ça doit faire un drôle d’effet de dire d’un coup « Bonjour, madame Réalité ! ». Pour le coup, il fallait s’assumer… Et comme le dit son père, « ça a dû être très difficile pour lui, mais très intéressant. ».

 

Il y a de la veine, parfois pour la canaille. Et la chance que Noah a eue, c’est que , justement, son père ne l’a pas laissé tombé. On ne parle pas encore du dharma ou du bouddhisme, non, juste la présence de son père. Le lien, c’était juste des coups de fil.

 

Et il y avait du boulot. Noah, à cette époque était accro au crack et à la cocaïne. Un peu de PCP, d’héroïne, de bibine, pilules, en plus, afin d’obtenir un compte rond. Comme il le dit lui-même, physiquement et moralement, c’était le fond.

 

C’est son père qui  lui rappela que la méditation, ça existait. En fait, celui-ci pensait que c’était la seule chose qui avait marché pour lui-même. Stephen avait aussi donné dans l’incarcération au cours des années 60. C’est à ce moment-là que Noah commença à pratiquer. La méditation d’abord. C’était comme si le fait qu’il soit vulnérable, bouffé par la peine, lui permettait enfin d’accepter de changer, de prendre ses responsabilités. Il était sans doute prêt à se prendre en main et à gérer ses addictions bien installées depuis des années…

 

C’est à peu près à cette période qu’il entama  un "programme en 12 étapes", afin de retrouver la "sobriété".  C’était de jeunes punks qui encadraient les ados accros.  Mais pas n’importe quels punks. Ils étaient tous issus du Straight Edge (sXe), une sous-branche du hardcore punk, qui prône la sobriété, aussi bien au niveau de l’alcool que de la drogue. Pour le jeune Levine, c’était la planche de salut, et il s’engagea  corps et âme dans le mouvement. De toutes façons, à partir du moment où il redevenait sobre, il ne lui restait que la scène punk pour s’éclater.

 

Un peu trop, d’ailleurs… Même s’il avait repris ses études (entre autres en psycho…), et aligné quelques jobs, à 19 ans, retour case arrestation. Il faut dire que lorsqu’on vandalise une propriété en signant ses œuvres avec des tags genre : "Noah Core", ou "Just Noah says", et qu’on est un peu connu des services de police, on rencontre  potentiellement un certain risque de se faire prendre. D’autant plus, quand on laisse des signatures dans le même esprit un peu partout sur les murs de Santa Cruz. Pas besoin de s’appeler Horatio Caine pour mener l’enquête, et fatalement, ça n’a pas loupé.

 

Si cette fois il ne fut pas incarcéré,  ce fut toutefois pour Noah, l’occasion de comprendre une  ou deux petites choses. Peut-être que ce qu’il cherchait, ce qui le calmerait, sans pour autant tuer ce qu’il était, il ne le trouverait certainement pas à l’extérieur de lui-même. Cela viendrait sans doute plus d’un travail sur lui-même, ou peut-être d’un travail "spirituel".

 

À suivre…

 

Par Niko - Publié dans : AGAINST THE STREAM - Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION
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